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La Fin des Temps Haruki MURAKAMI

La fin des temps  Haruki MURAKAMI

 

 

C'est un des plus beaux romans de Murakami, prix Tanizaki au Japon.

 Le héros (anti-héros par excellence) bascule dans un univers étrange, une ville plongée au cœur d' un monde onirique, habitée d'énigmatiques personnages  et de licornes, qui devient sa réalité quotidienne et dont il sait qu'il est interdit de sortir. Dans l'extrait ci –dessous, il dialogue avec son ombre, personnage à part entière, en fin de vie, qui essaie de le convaincre qu'il doit tenter de s'enfuir.

 

 

 

<< - La  dernière fois que je t'ai vu, tu disais que cette ville était artificielle et erronée. Et qu'elle était parfaite dans ses artifices et dans ses erreurs. Et maintenant tu viens me parler de cet achèvement, de cette perfection. C'est pourquoi moi je te parlerai de son côté artificiel et erroné. Ecoute-moi bien. D'abord, et ça c'est la proposition centrale, la perfection n'existe pas en ce monde. Tout comme la machine au mouvement perpétuel n'existe pas, par principe, comme tu le disais toi-même l'autre fois. L'entropie va toujours en augmentant. Où cette ville met-elle ses déjections ? C'est sûr, les gens d'ici - sauf peut-être le gardien - ne se font pas de mal, ne se détestent pas, ne connaissent pas le désir. Ils sont tous satisfaits et vivent en paix. Pourquoi à ton avis ? Parce qu'ils ne possèdent pas de cœur.
- Je le sais très bien, dis-je.

- Cette ville parfaite a pu se former parce que les gens ont perdu leur cœur. Ils tournent à l'intérieur d'un temps qui a étendu jusqu'à l'éternité leur existence parce qu'ils ont perdu leur cœur. C'est pourquoi personne ne vieillit, personne ne meurt. D'abord l'ombre est arrachée au corps auquel elle appartient, et on attend sa mort. Une fois l'ombre morte, le reste n'est pas compliqué. Il suffit d'écoper cette espèce d'écume légère qui renaît chaque jour du cœur.

- Ecoper ?

- Je t'expliquerai ça un peu mieux tout à l'heure. D'abord le problème du cœur. Tu me dis que dans cette ville il n'y a ni lutte, ni haine, ni espoir. Magnifique ! Tiens, si j'en avais la force, j'applaudirais. Mais qu'il n'y ait ni luttes, ni haine, ni désirs signifie qu'il n'y a pas non plus le contraire de tout cela. C'est à dire la joie, la béatitude, l'amour. C'est parce qu'existent le désespoir, la désillusion, la tristesse, oui,  c'est de là que naît la joie. Une béatitude sans désespoir n'existe nulle part.. C'est cela que j'appelle << la nature >>. Et évidemment, il y a l'amour aussi. Même par rapport à cette fille de la bibliothèque dont tu parles, peut-être que toi tu l'aimes, ça oui, mais ce sentiment ne mène nulle part. Parce qu'elle, elle n'a pas de cœur. Les êtres dépourvus de cœur ne sont que des fantômes qui marchent. Quel sens cela a-t-il de posséder quelque chose comme ça ? La vie éternelle, c'est vraiment ça que tu veux, toi aussi tu veux devenir un fantôme comme eux ? Une fois que je serai mort, tu feras partie de cette bande pour l'éternité et tu ne pourras plus jamais, jamais quitter cette ville, tu entends !>>

 

La fin des Temps Haruki MURAKAMI,ed Points, p.442-443

 

 

 

 

 


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Article ajouté le 2009-01-01 , consulté 122 fois

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